J’ai écrit ce roman il y a quelques années puis je l’ai régulièrement repris, après avoir essuyé des refus de publication. J’ai voulu donner un ton plus dramatique, plus analytique, voire clinique à mon histoire. J’ai repris mon histoire après la lecture d’« Un roman français » de Frédéric Beigbeder. Son autobiographie a été un révélateur pour moi. Mon roman parlait déjà d’amnésie, de maladie grave mais mon héroïne atteinte du Korsakov me semblait encore par trop évanescente, éthérée, en raison de son jeune âge. J’ai voulu aggraver son cas, la rendre plus crédible d’une certaine façon, et ce, après avoir avoir observé la posture du héros vivant chez Frédéric, qui à certains égards, donne l’impression d’être devenu amnésique après un choc traumatique, certes, mais par endroits, de façon aléatoire. Cela restait trop léger pour moi. Il le confesse lui-même, la mémoire lui est revenue peu à peu au fur et à mesure que les souvenirs de son enfance, par le réalisme qui se dégageait de sa garde à vue, étaient contractés.
J’ai voulu dire exactement l’inverse parce que j’ai creusé le sujet, bien que ce récit soit une véritable fiction sans autres influences extérieures. J’ai voulu parler d’une mémoire qui flanche littéralement, qui atrophie absolument le personnage qui en est victime. Une amnésie hallucinante qui vous rend fou, quelle qu’en soit son origine : un choc dans l’enfance ou une guerre menée contre soi-même, contre sa lucidité, la peur de vieillir et mieux même, la conservation miraculeuse de la jeunesse éternelle. Je propose donc, une métaphore amoureuse et lumineuse, sous forme de huis clos, au gré d’un voyage au creux de la folie ordinaire.



















